À quoi a-t-il bien pu penser lors de son entrée en jeu face à la Croatie lors de la petite finale ? À son statut de remplaçant le 23 juillet dernier pour le début de la Pro League où il n’avait décollé du banc carolo qu’après l’heure de jeu face à Eupen ? “Si on m’avait dit ce jour-là que je disputerai la Coupe du monde quatre mois plus tard, j’aurai rigolé, avoue Anass Zaroury. La magie du football façonne des histoires incroyables. Celle du gamin de Malines a pris une tournure incroyable depuis son départ de Charleroi.
Edward Still n’a cru que partiellement en lui, le positionnant dans un rôle de second attaquant loin de coller à ses caractéristiques et ses atouts. Son transfert à Burnley a tout changé. Vincent Kompany l’a placé à son poste de prédilection, l’aile gauche. En quelques mois, l’Angleterre est tombé sous le charme de son talent à l’instar de Walid Regragui.
Pour La Dernière Heure/Les Sports et au lendemain de son retour à Burnley ponctué par un but et une victoire, l’ancien Diablotin a accepté de revenir sur cette Coupe du monde de folie qui a bouleversé son quotidien.
Anass, comment vous sentez-vous après ce mois dingue ?
”Tout va bien. Marquer tôt avec Burnley dès mon retour m’a facilité la tâche. J’ai senti que l’on attendait plus de moi mais c’est normal. Mon statut a évolué. Je suis devenu un international qui a participé à une Coupe du monde.”
Depuis quand le Maroc vous sollicitait ? Il y a deux mois, vous aviez encore évolué avec les espoirs belges.
”Il y a quelques semaines avant la Coupe du monde, Walid Regragui m’a contacté. Il m’a demandé si je détenais un passeport marocain. Comme je n’en avais pas, j’ai entamé les démarches pour obtenir ma naturalisation. Le sélectionneur devait rendre sa liste définitive pour le 14 novembre. J’ai reçu mes papiers le 16 novembre. C’était trop tard. Le coach m’a dit que c’était dommage mais qu’au moins, tout serait en ordre pour le futur.”
Vous avez bénéficié de la blessure d’Amine Harit pour intégrer la liste mais vous auriez donc fait partie de la sélection initiale sans ses tracasseries administratives ?
”Ça, je ne sais pas, il faut demander au technicien (sourires). Après ce problème de naturalisation, j’ai planifié mes vacances sans vouloir être trop déçu. Ensuite, Amine s’est malheureusement blessé. Les rumeurs sont sorties sur ma convocation mais je ne souhaitais pas me faire de faux espoirs tant que l’on ne m’appelait pas.”
L’appel est intervenu quand ?
”Le coach m’a appelé le 15 novembre, à trois jours de l’ouverture de la Coupe du monde. Par chance, j’étais en vacances à Dubai et l’équipe nationale se trouvait également à cet endroit pour finaliser la préparation. Je l’ai rejoint. 48 heures plus tard, je réalisais mes débuts en équipe nationale lors de l’ultime amical face à la Georgie.”
Les émotions ont dû être incroyables. Comment avez-vous vécu le match face à la Belgique, votre pays de naissance ?
”C’était un truc de fou. Quand le tirage au sort a eu lieu le 1er avril dernier, j’ai dit à mon cousin que l’on devait absolument regarder le Belgique-Maroc tous ensemble avec la famille. Et d’un coup, je me retrouve sur le banc. C’est impossible à décrire ce que j’ai vécu car il faut le vivre pour le comprendre.”
Qu’avez-vous ressenti en entendant la Brabançonne avec le maillot du Maroc ?
”Bien sûr, c’était particulier. C’est le pays où j’ai grandi mais la décision de jouer pour le Maroc, c’est le choix du cœur. J’avais des frissons lors de l’hymne national marocain entonné par tout un stade.”
Quel a été le moment le plus incroyable lors de votre aventure ?
”Il y en a eu plein mais quand Hakimi a inscrit la panenka décisive contre l’Espagne, j’ai couru vers lui pour lui demander s’il voulait nous tuer (rires). C’était fou de réaliser ce geste à ce moment de la partie mais ça correspond bien à notre mentalité.”
La demi-finale contre la France représente-t-elle une déception ?
”Nous n’avions concédé qu’un but auparavant et encaisser rapidement nous a déstabilisés. La France était très forte en contre-attaque. Elle a eu l’intelligence de nous laisser le ballon. Un peu comme nous l’avions fait face à l’Espagne en huitième de finale.”
Vous avez dû patienter jusqu’à la petite finale pour réaliser vos débuts officiels. N’était-ce pas difficile à vivre de ne pas jouer ?
”Bien sûr, j’avais envie d’être sur le terrain comme tout compétiteur mais c’est une fierté de faire partie de ce groupe. Face à la Croatie, c’était magnifique d’entrer en jeu. Tu joues contre Modric, le stade est acquis à ta cause. C’est un superbe souvenir.”
Il y en a eu d’autres.
”Quand j’ai croisé Cristiano Ronaldo en quart de finale, j’ai mesuré tout le chemin que j’avais parcouru depuis Lommel. Concernant l’échange des maillots, j’ai souhaité vivre mon expérience à fond et garder la majorité de mes maillots pour la famille.”
Comment se sont déroulés le retour au pays et l’accueil chez le Roi ?
”Mon père, qui a grandi au Maroc, m’a appelé en me disant : 'Tu te rends compte que tu vas être accueilli par sa Majesté !'. C’est incroyable d’avoir été décoré dans la Salle du Trône. Le trajet jusqu’au Palais a été fantastique. Je n’avais jamais vu ça. Il n’y avait que 7 kilomètres entre l’aéroport et le Palais mais il y avait du monde partout. Je ne savais pas où regardait. Je m’en souviendrai toute ma vie.”
https://www.dhnet.be/sports/football/mondial-2022/2022/12/29/anass-zaroury-raconte-sa-coupe-du-monde-et-dire-que-je-devais-regarder-belgique-maroc-devant-la-tele-avec-mon-cousin-735PCHKEQFBARFU4WARNPD4YI4/