Notre Coupe du monde s’arrête en quart de finale, mais malgré la frustration, soyons fiers. Après la demi-finale historique de 2022, nous confirmons en nous installant durablement parmi les meilleures nations (6e au classement FIFA). Ce n’est plus un exploit, c’est une confirmation. En revanche, cette élimination doit nous servir de leçon. Il n’y a aucune honte à perdre contre cette équipe de France, probablement la plus complète du monde aujourd’hui. En revanche, il faut reconnaître que nous avons été surclassés. Comme l’a résumé Bounou, les Bleus nous étaient supérieurs tactiquement, physiquement et athlétiquement. Notre possession a été stérile, nous avons refusé les transitions par crainte de leurs contre-attaques et notre première frappe cadrée n’est arrivée qu’à la 83e minute. À ce niveau, c’est insuffisant. Les blessures (Aguerd, Chadi Riad, Saibari, Abde…), la fatigue, les longs déplacements et certains choix tactiques expliquent une partie de cette prestation, mais ne doivent pas masquer l’essentiel. Cette défaite a surtout révélé ce qu’il nous manque encore : davantage de profondeur de banc, plus de joueurs habitués au très haut niveau, plus d’intensité, de volume de course, de verticalité et de technique en mouvement. Aujourd’hui, le football de très haut niveau se joue à une intensité que nous n’avons pas encore atteinte. Nos cadres n’ont pas répondu présents dans le rendez-vous le plus important du tournoi, mais je refuse d’en faire des boucs émissaires. Le problème est plus profond. Ouahbi a récupéré en mars une sélection fragilisée après la CAN 2025, avec un seul rassemblement avant le Mondial. Puis il a perdu ses deux défenseurs centraux titulaires et a dû bricoler son équipe. On ne construit pas une sélection capable de gagner une Coupe du monde en trois mois, surtout quand Deschamps travaille à la tête des Bleus depuis quatorze ans. La stabilité est une nécessité, pas un luxe. Le véritable chantier est désormais la formation. Les grandes nations sont d’abord de grands pays formateurs. Nous dépendons encore beaucoup de la diaspora, qui restera une richesse, mais nous devons aussi produire davantage de joueurs localement. L’Académie Mohammed VI a ouvert la voie, la DTN et le programme EvoSport vont dans le bon sens, mais il faudra multiplier les centres de formation, développer des athlètes de haut niveau et élargir notre vivier. C’est à ce prix que nous réduirons l’écart avec les meilleures sélections. Enfin, inutile de sombrer dans le catastrophisme. Nous sommes champions du monde U20, une génération très prometteuse arrive déjà derrière, et nous serons coorganisateurs de la Coupe du monde 2030. L’essentiel est de ne pas repartir de zéro après chaque échec. Conservons Ouahbi, poursuivons le projet et élevons encore notre niveau d’exigence. 2022 nous a révélés. 2026 nous a confirmés. Cette défaite nous a surtout montré le chemin qu’il reste à parcourir. À nous de transformer cette claque en feuille de route pour 2030.